
Profiter d’une période commerciale pour relancer des inactifs, est-ce vraiment une bonne idée ?
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Toute base marketing, quel que soit le secteur, finit par accumuler des contacts dormants ou inactifs. Il s’agit de personnes qui n’ouvrent plus les emails, ne cliquent plus, ne visitent plus le site, ne reviennent plus en magasin ou n’interagissent plus avec la marque, parfois depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Cette situation est normale et inévitable. Les usages évoluent, les besoins changent, la concurrence s’intensifie et l’attention se disperse.
Face à ces contacts silencieux, la tentation de la relance est forte. Après tout, ces profils sont déjà en base, ils ont consenti à recevoir des communications à un moment donné et ils représentent, en apparence, un gisement de chiffre d’affaires à faible coût.
Introduction – une tentation marketing compréhensible
Dans ce contexte, les périodes commerciales semblent idéales. Soldes, Black Friday, French Days ou opérations privées offrent des leviers puissants : remises attractives, sentiment d’urgence, pression sociale et dynamique d’achat collective. L’idée est simple : profiter de cette effervescence pour tenter une réactivation de dernière chance, avant d’envisager des dispositifs plus radicaux comme la mise en sommeil définitive ou l’effacement des données dans le cadre du droit à l’oubli.
Sur le papier, la logique paraît imparable. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?
Dans la réalité, cette logique est beaucoup plus risquée qu’il n’y paraît. La réponse est claire : non, ce n’est généralement pas une bonne idée. Pire encore, c’est souvent une très mauvaise idée, malgré son apparente évidence !!!
« Décider ce qu’il ne faut pas faire est aussi important que décider ce qu’il faut faire. »
Steve Jobs — entretien avec BusinessWeek (1997),

1. Analyse des pour : forces et opportunités apparentes
Il serait malhonnête de nier les arguments en faveur de cette approche. Les périodes commerciales concentrent plusieurs facteurs qui peuvent sembler favorables à une relance d’inactifs.
- D’abord, les offres sont objectivement plus attractives. Réductions fortes, avantages exclusifs, livraison gratuite ou cadeaux créent un pouvoir d’incitation supérieur à celui des campagnes courantes. Pour un contact inactif, cela peut représenter un déclic suffisant pour reconsidérer la marque.
- Ensuite, le marché est dans une dynamique d’achat. Les consommateurs sont mentalement préparés à recevoir des sollicitations commerciales et à comparer les offres. Cette frénésie acheteuse réduit, en théorie, la barrière psychologique à l’acte d’achat.
- Il existe également un effet d’entraînement. Voir des promotions partout, entendre parler d’opérations spéciales dans les médias et sur les réseaux sociaux peut renforcer la légitimité du message et donner l’impression qu’il s’agit d’un moment à ne pas manquer.
- Enfin, ces périodes offrent un cadre clair pour une prise de parole dite de « dernière chance ». Le discours peut s’appuyer sur la rareté temporelle et justifier un message plus direct, voire plus engageant, que lors d’une communication classique.
2. Analyse des contre : faiblesses et menaces majeures
C’est toutefois du côté des risques que l’analyse devient réellement déterminante.
- Le premier problème est la saturation.
Pendant les périodes commerciales, les boîtes de réception sont littéralement submergées. Les messages des marques se multiplient, souvent avec des promesses similaires. Un contact inactif, déjà peu réceptif hors période commerciale, a encore moins de chances de remarquer un message noyé dans ce bruit ambiant. - Le second écueil concerne la différenciation.
Les offres dites « exceptionnelles » le sont de moins en moins. Des promotions similaires reviennent tout au long de l’année, parfois sous des noms différents. Pour un contact inactif, le message peut manquer de crédibilité et renforcer l’impression d’une communication opportuniste plutôt que réellement personnalisée. - Les risques techniques et réputationnels sont, eux, bien réels.
Relancer massivement des inactifs par email augmente fortement les probabilités de rejets, de hard bounces, de plaintes pour spam et d’inscriptions sur des spamtraps. Ces signaux négatifs dégradent la réputation de l’expéditeur et peuvent entraîner un passage en spam durable, voire un blacklistage. - Le paradoxe est alors cruel…
Quelques tentatives de réactivation mettent en danger l’ensemble des campagnes de la période commerciale, dont l’enjeu business est sans commune mesure avec les gains espérés sur une poignée de contacts réactivés. - À cela s’ajoute une contrainte organisationnelle forte.
Les équipes marketing sont déjà sous pression pendant ces temps forts. Or, un dispositif de réactivation efficace nécessite précisément l’inverse : du temps, de l’attention et une surveillance fine. Segmentation précise, nettoyage des listes, ajustement des messages, A/B testing, monitoring en temps réel et capacité à suspendre rapidement la campagne au moindre signal faible sont indispensables. Rarement compatibles avec le rythme effréné d’un événement commercial. - Enfin, sans adaptation spécifique de l’offre à la cible inactive, le message perd tout son sens.
Proposer une promotion générique à un contact désengagé revient souvent à confirmer son désintérêt plutôt qu’à le corriger.
3. Synthèse SWOT : une balance largement défavorable
| Forces | Faiblesses |
|---|---|
| Offres perçues comme plus attractives grâce aux promotions et avantages commerciaux ; dynamique d’achat favorable et sentiment d’urgence qui peuvent, à la marge, provoquer un déclic chez certains inactifs. | Saturation des canaux pendant les périodes commerciales ; faible différenciation des messages et crédibilité limitée des offres « exceptionnelles » répétées tout au long de l’année. |
| Opportunités | Menaces |
|---|---|
| Possibilité de tester un discours de « dernière chance » et de mesurer l’appétence résiduelle d’une partie de la base avant mise en sommeil ou suppression. | Risques élevés sur la délivrabilité (plaintes spam, bounces, spamtraps), dégradation de la réputation d’expéditeur, blacklistage et mise en danger de l’ensemble des campagnes à fort enjeu business. |
La matrice SWOT met en évidence un déséquilibre clair. Les forces et opportunités reposent principalement sur un contexte externe favorable à court terme. À l’inverse, les faiblesses et menaces touchent au cœur de la performance marketing : délivrabilité, image de marque, efficacité opérationnelle et pérennité des revenus.
En résumé, le risque structurel dépasse largement le bénéfice potentiel. La conclusion s’impose logiquement : relancer des inactifs pendant une période commerciale est, dans la majorité des cas, une mauvaise stratégie, surtout lorsqu’elle est menée de manière opportuniste.
4. Quelles stratégies privilégier pour réussir une réactivation ?
La réactivation des inactifs n’est pas à proscrire en soi. Elle doit simplement être pensée hors des temps forts commerciaux et traitée comme un dispositif à part entière.
L’utilisation de tests A/B est essentielle pour identifier les messages, les objets, les rythmes et les propositions de valeur les plus efficaces, sans exposer l’ensemble de la base à un risque inutile.
Les scénarios cross-canaux offrent également de meilleures chances de succès. Combiner email, SMS, notifications push, retargeting publicitaire ou courrier postal permet de varier les points de contact et de réduire la pression sur un canal unique.
Il est aussi crucial d’adopter une logique progressive. Une réactivation réussie repose souvent sur plusieurs étapes : rappel de la relation, mise en avant de la valeur de la marque, puis seulement proposition commerciale, parfois indirecte.
Enfin, accepter l’échec fait partie de la stratégie. Identifier clairement les contacts irrécupérables et les sortir proprement de la base contribue à améliorer la performance globale et la conformité réglementaire.
5. Exemples concrets de bonnes pratiques
- Une enseigne retail peut, par exemple, lancer une campagne de réactivation dédiée en dehors des soldes, avec un message centré sur les nouveautés de la saison et un avantage exclusif non reproductible.
| Étapes | Sujet (email ou message principal) | Objectif |
|---|---|---|
| Étape 1 | Reprendre contact avec la marque | Vérifier l’existence d’un intérêt résiduel sans pression commerciale, rétablir un premier signal d’engagement. |
| Étape 2 | Mettre en avant la valeur de la marque | Rappeler l’univers, les nouveautés ou les services différenciants afin de recréer de la considération. |
| Étape 3 | Invitation personnalisée (email + retargeting) | Encourager une interaction légère (visite, clic, inscription) via un message cohérent sur plusieurs canaux. |
| Étape 4 | Avantage exclusif ciblé | Proposer une offre réellement différenciante uniquement aux contacts ayant montré un signe d’intérêt. |
| Étape 5 | Dernier rappel ou sortie du dispositif | Acter la réactivation ou qualifier définitivement l’inactivité en vue d’une mise en sommeil ou suppression. |
- Un acteur du e-commerce peut privilégier un scénario progressif : un premier email de réengagement sans promotion, suivi d’un second message personnalisé, puis d’une offre ciblée uniquement pour les profils ayant montré un signe d’intérêt.
| Étapes | Sujet (email ou message principal) | Objectif |
|---|---|---|
| Étape 1 | Email de réengagement sans offre | Tester la réceptivité du contact et identifier les profils encore sensibles à la marque. |
| Étape 2 | Message personnalisé basé sur l’historique | Renforcer la pertinence perçue en s’appuyant sur les préférences ou comportements passés. |
| Étape 3 | Retargeting publicitaire discret | Multiplier les points de contact sans pression directe et installer un rappel de marque. |
| Étape 4 | Offre ciblée conditionnelle | Déclencher l’acte uniquement auprès des contacts ayant manifesté un signal d’intérêt. |
| Étape 5 | Qualification finale | Confirmer la réactivation ou orienter le contact vers une mise en sommeil ou suppression. |
- Dans le B2B, une marque peut utiliser le contenu comme levier principal, en proposant un livre blanc ou un webinar à forte valeur ajoutée avant toute sollicitation commerciale.
En conclusion
Relancer des contacts inactifs est un enjeu légitime pour toute organisation. Ces contacts représentent une mémoire de la relation client, un historique d’interactions et, parfois, un potentiel de valeur encore exploitable. Mais cet enjeu ne doit pas masquer une réalité fondamentale : tous les contacts ne peuvent ni ne doivent être réactivés.
Vouloir profiter d’une période commerciale pour mener ce type d’opération relève plus souvent du réflexe que d’une véritable stratégie. L’urgence du calendrier commercial pousse à agir vite, parfois sans recul suffisant, alors même que la réactivation exige de la finesse, de la progressivité et une forte capacité d’adaptation.
Derrière la promesse de gains rapides se cachent des risques structurels élevés : dégradation de la délivrabilité, affaiblissement de l’image de marque, perte de contrôle sur les signaux négatifs et mise en danger de dispositifs commerciaux dont l’impact business est autrement plus critique. Ces effets sont souvent invisibles à court terme, mais lourds de conséquences sur la durée.
La réactivation mérite donc un cadre dédié, du temps et une approche méthodique, fondée sur la donnée, les tests et l’orchestration fine des canaux. Elle suppose aussi d’accepter que certains contacts ne répondent plus et que cette inactivité soit un signal en soi, à respecter.
À défaut d’innover dans ses approches, la meilleure décision reste parfois de savoir accepter d’être accompagné. S’appuyer sur des expertises externes, des outils spécialisés ou des partenaires aguerris permet souvent de sécuriser ces dispositifs sensibles, d’en maximiser la valeur et, surtout, d’éviter que de bonnes intentions ne se transforment en risques durables pour l’ensemble de l’écosystème marketing
Quelques références
- « Deliverability Best Practices » – Matthieu Raffard – Badsender – 2023
- « Email Engagement and Sender Reputation » – Spamhaus Project – Spamhaus – 2023
- « Email Deliverability: The Ultimate Guide » – Kath Pay – Holistic Email Marketing – 2022
- « Cross-Channel Marketing Orchestration » – Forrester – Forrester Research – 2022
- « CRM Data Hygiene and Performance » – Gartner – Gartner Research – 2022
- « The Cost of Poor Email Hygiene » – Return Path – Validity – 2021
- « Consumer Attention in Promotional Periods » – Think with Google – Google – 2021
- « Managing Inactive Subscribers » – Chad S. White – Oracle Marketing Consulting – 2020
- « Why Re-engagement Campaigns Fail » – Dela Quist – Alchemy Worx – 2019


















