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Ville de Paris : du logiciel libre à la souveraineté numérique

Ville de Paris : du logiciel libre à la souveraineté numérique

Article réactualisé en 2026.
Temps de lecture : 3min.

En 2004, Paris s’interrogeait sur une migration vers le logiciel libre. Plus de vingt ans après, cette question prend une autre dimension : comment garder la maîtrise de ses données, de ses outils et de ses choix technologiques à l’heure du cloud et de l’intelligence artificielle ?

En octobre 2004, notre article consacré à la Ville de Paris relatait les conclusions d’une étude sur une éventuelle migration vers le logiciel libre. Le débat concernait alors un parc de 17 000 postes : pouvait-on changer d’environnement informatique, à quel coût et avec quelles conséquences pour les agents ?

Une migration totale et immédiate était écartée au profit d’une transition progressive. Mais une ambition dépassait déjà la question des licences : accroître l’indépendance de la collectivité vis-à-vis de ses fournisseurs. 

Cette ambition constitue aujourd’hui un point d’entrée pour parler de souveraineté numérique. Qui maîtrise les outils dont dépend le service public ? Qui décide de leur évolution ? Et quelle marge de manœuvre reste-t-il lorsqu’un fournisseur augmente ses prix, modifie ses conditions ou cesse un service ?


Paris : des avancées concrètes dans le logiciel libre

Le débat parisien a depuis trouvé des traductions concrètes. Dans sa stratégie numérique responsable publiée en 2025, la Ville indique que trois quarts de ses serveurs fonctionnent sous Linux, que quatre bases de données sur cinq sont en open source et que près de 90 % de ses serveurs web reposent sur des composants libres. Ces chiffres concernent les infrastructures ; ils ne décrivent pas une migration générale des postes de travail. Stratégie numérique responsable de Paris, pages 24–25.

Paris développe également depuis 2001 la plateforme de services numériques Lutèce, dont l’ouverture du code a été votée en 2002. Ce choix permet de partager des développements et d’organiser leur réutilisation. Le document municipal consacré à l’adhésion à TOSIT en 2025 inscrit explicitement cette démarche dans une stratégie de souveraineté numérique. Ville de Paris, document 2025 DSIN 3.

Ces réalisations montrent l’intérêt d’une politique suivie dans le temps. Elles invitent aussi à examiner la maîtrise effective de chaque composant, au-delà de la seule proportion de logiciels libres.


Le libre donne des droits ; la souveraineté suppose des moyens

Le logiciel libre offre des possibilités essentielles : étudier son fonctionnement, l’adapter, le faire maintenir par un autre prestataire et partager les améliorations.

Encore faut-il pouvoir exercer ces droits. Une organisation peut disposer du code source tout en dépendant d’un prestataire unique, faute de documentation, de compétences ou de solution de remplacement.

La souveraineté se construit donc aussi dans les budgets de maintenance, la formation des équipes et le financement des communautés qui entretiennent les logiciels. Un outil ouvert mais abandonné peut devenir une dépendance aussi difficile à gérer qu’un produit propriétaire.

Pour une collectivité, la question est très pratique : pourra-t-elle continuer à assurer le service, corriger une vulnérabilité et faire évoluer l’application si son partenaire actuel se retire ?


Avec le cloud, la dépendance dépasse le logiciel

Le recours aux services en ligne élargit le périmètre à examiner. L’application, l’hébergement, l’authentification, les sauvegardes et les interfaces avec les autres outils peuvent dépendre d’acteurs différents.

La localisation des données apporte une information utile, mais elle ne suffit pas à établir le degré de maîtrise du service. Il faut également examiner les conditions d’accès, les sous-traitants, l’autonomie d’exploitation et l’exposition à des législations étrangères.

La qualification SecNumCloud de l’ANSSI intègre ainsi des exigences techniques, opérationnelles et juridiques, notamment face aux lois extraterritoriales. Elle porte sur une offre cloud déterminée ; elle ne garantit pas à elle seule la sécurité de toutes les applications qui y sont hébergées. ANSSI, questions fréquentes sur SecNumCloud.

Cette approche encourage à demander des preuves précises derrière l’expression « cloud souverain ».

Des alternatives publiques qui se structurent

La démarche dépasse désormais les initiatives locales. Avec LaSuite, la DINUM développe un environnement collaboratif fondé sur des logiciels libres et des infrastructures hébergées en France. L’offre s’adresse aux agents de l’État et à leurs partenaires invités. DINUM, présentation de LaSuite.

Le 26 janvier 2026, l’État a également annoncé un objectif de généralisation de son outil de visioconférence Visio à l’ensemble de ses services d’ici 2027. Il s’agit d’une trajectoire de déploiement annoncée, et non d’une migration déjà achevée. DINUM, annonce du déploiement de Visio.

L’enjeu consiste à proposer des alternatives suffisamment fiables et simples pour être réellement adoptées. La qualité d’usage fait partie des conditions de l’indépendance : un outil contourné au quotidien ne remplit pas sa mission.


Une question qui concerne aussi les entreprises et les martech

Cette réflexion s’applique directement aux plateformes de relation client, aux CDP, aux outils d’analytics et à l’automatisation marketing.

Pouvoir exporter un fichier de contacts constitue un premier niveau de réversibilité. Mais que devient le reste : historiques d’interactions, preuves de consentement, segments, scénarios automatisés, règles de calcul et connexions avec les autres applications ?

Une sortie peut être contractuellement possible et rester très coûteuse en pratique. Pour évaluer une solution, il faut donc regarder le coût de son adoption, de son fonctionnement et de son remplacement.

L’IA ajoute des questions supplémentaires : quelles données sont transmises au service ? Peut-on changer de modèle sans reconstruire tous les usages ? Dispose-t-on d’un fonctionnement de secours si l’accès est interrompu ?

Ces questions méritent d’être posées dès le choix des outils.


Faire de la liberté de choix un objectif mesurable

Une stratégie de souveraineté peut commencer par quelques engagements concrets :

  • identifier les dépendances qui menacent la continuité des services essentiels ;
  • exiger des formats documentés et des exports réellement exploitables ;
  • tester la récupération des données et leur réutilisation ailleurs ;
  • entretenir les compétences nécessaires pour piloter les prestataires ;
  • organiser des migrations progressives, avec formation et accompagnement.

La coexistence de solutions libres et propriétaires peut s’inscrire dans cette trajectoire, à condition de savoir quelles dépendances on accepte et comment on pourra les réduire.

En 2004, Paris cherchait déjà à préserver son indépendance tout en tenant compte des contraintes de son système informatique. Cette tension demeure. Elle traverse désormais l’ensemble des services numériques.

La souveraineté se vérifie dans une capacité concrète : continuer à agir lorsque les conditions imposées par un fournisseur ne conviennent plus.


En conclusion : la souveraineté numérique se construit dans la durée

Vingt ans après les premières réflexions parisiennes sur le logiciel libre, la question de l’indépendance s’étend à toute l’architecture numérique : applications, données, cloud et intelligence artificielle. Le parcours de Paris montre l’intérêt d’une démarche progressive, appuyée sur des technologies ouvertes, des compétences entretenues et des développements mutualisés.

Pour les collectivités comme pour les entreprises, chaque choix technologique engage une part de leur autonomie future. La qualité d’un service doit donc s’évaluer aussi à la possibilité de le faire évoluer, de reprendre ses données et de changer de partenaire dans des conditions acceptables. Cette liberté se prépare dès la conception des projets et la négociation des contrats.

À l’heure où les plateformes intègrent toujours davantage de fonctions, préserver cette marge de manœuvre devient une responsabilité stratégique. Choisir un outil aujourd’hui, c’est aussi décider de la liberté dont on disposera demain.


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À propos de l'auteur

Martech.Cloud

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