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Prendre soin de ses données : du Big Data à l’intelligence artificielle

Prendre soin de ses données : du Big Data à l’intelligence artificielle

Article initialement publié en mars 2018, entièrement réactualisé.

En 2018, le salon Big Data Paris mettait déjà en lumière des applications prometteuses de la donnée : améliorer l’expérience client, anticiper l’attrition, personnaliser les contenus ou encore prédire les comportements d’achat. Depuis, les technologies ont considérablement évolué, jusqu’à faire de l’intelligence artificielle un sujet central des stratégies d’entreprise.

Mais derrière cette évolution se cache une question fondamentale : à quoi sert de disposer de volumes considérables de données si celles-ci sont inexactes, incomplètes, obsolètes ou difficilement exploitables ?

La question de la qualité des données, longtemps considérée comme un sujet principalement technique, concerne désormais directement les directions marketing, les équipes commerciales, les responsables de l’expérience client et les professionnels de l’intelligence artificielle.

Prendre soin de ses données ne consiste plus simplement à nettoyer un fichier CRM de temps en temps. C’est devenu un processus continu, qui associe qualité, gouvernance, sécurité et maîtrise des usages.


Du Big Data à l’intelligence artificielle : une nouvelle maturité

À ses débuts, le Big Data était largement associé à trois grandes caractéristiques : le volume des données, leur vitesse de production et la diversité de leurs formats. Les organisations investissaient dans des infrastructures capables de collecter, stocker et traiter toujours davantage d’informations.

Le problème était alors essentiellement formulé en termes de capacité : comment exploiter des données trop nombreuses ou trop complexes pour les outils traditionnels ?

Aujourd’hui, les plateformes cloud, les architectures de données modernes et les solutions analytiques ont rendu une grande partie de ces traitements beaucoup plus accessibles. Pourtant, accumuler les données n’a jamais suffi à produire de meilleures décisions.

Un changement de perspective s’est progressivement imposé : la donnée ne crée de valeur que lorsqu’elle est fiable, compréhensible, accessible aux personnes autorisées et adaptée à un usage précis.

Cette évolution se retrouve dans le positionnement de Big Data Paris, devenu Big Data & AI Paris, où les problématiques d’industrialisation de l’IA, de gouvernance et d’exploitation des données occupent désormais une place centrale.


La qualité des données : bien plus qu’une question de nettoyage

Dans de nombreuses entreprises, la qualité des données reste associée aux opérations de déduplication, de normalisation des adresses ou de correction des erreurs de saisie. Ces opérations sont nécessaires, mais elles ne représentent qu’une partie du sujet.

Une donnée peut être parfaitement formatée tout en étant incorrecte. Une adresse email peut être syntaxiquement valide sans correspondre à une boîte existante. Un historique d’achat peut être exact, mais ne plus refléter les besoins actuels du client.

La Data Quality Management (DQM) vise à mesurer, maintenir et améliorer la qualité des données en fonction des usages auxquels elles sont destinées.

Les six dimensions fondamentales de la qualité des données

Le référentiel britannique Government Data Quality Framework, qui reprend les dimensions définies par DAMA UK, distingue six critères complémentaires.

  • L’exactitude : les informations représentent-elles correctement la réalité ?
  • La complétude : les données nécessaires à l’usage envisagé sont-elles disponibles ?
  • L’unicité : une même entité apparaît-elle plusieurs fois dans le référentiel ?
  • La cohérence : les différentes sources présentent-elles des informations compatibles ?
  • La validité : les valeurs respectent-elles les formats et les règles attendus ?
  • La fraîcheur : les données sont-elles suffisamment récentes et disponibles au moment opportun ?

Ces dimensions ne sont pas indépendantes. Une information peut être complète et valide, mais obsolète. Deux fiches clients peuvent être parfaitement renseignées tout en décrivant la même personne.

Il n’existe donc pas de taux de qualité universel. La bonne qualité est celle qui permet de répondre de manière fiable à un besoin métier identifié.


Pourquoi les mauvaises données coûtent cher aux stratégies marketing

Les conséquences d’une mauvaise qualité des données sont rarement limitées à un problème informatique. Elles se répercutent sur les performances commerciales, la relation client et la pertinence des décisions.

Une connaissance client fragmentée

Lorsqu’un même client possède plusieurs identités dans les outils marketing, le CRM, le service client et le système de vente, les équipes peuvent disposer de représentations contradictoires de sa relation avec la marque.

Un client fidèle peut être traité comme un nouveau prospect. Un consommateur ayant exprimé une insatisfaction peut continuer à recevoir des campagnes commerciales inadaptées. Une segmentation construite sur des données incohérentes risque de produire des résultats trompeurs.

C’est précisément l’un des enjeux du référentiel client unique : rapprocher les informations pertinentes afin de construire une vision client plus cohérente.

Des analyses et des prédictions fragilisées

Une erreur de mesure, une donnée manquante ou un changement non documenté dans les règles de collecte peut déformer les indicateurs de performance.

Les problèmes deviennent particulièrement sensibles lorsqu’ils alimentent des modèles prédictifs : scoring commercial, anticipation du churn, estimation de la valeur client ou recommandations personnalisées.

Un algorithme peut produire des scores mathématiquement cohérents tout en s’appuyant sur des informations erronées ou insuffisamment représentatives.

Le risque est alors de prendre des décisions avec une apparence de précision qui masque en réalité une mauvaise compréhension des données.


Prendre soin de ses données tout au long de leur cycle de vie

Une stratégie de qualité efficace ne peut pas reposer uniquement sur des campagnes ponctuelles de nettoyage. Elle doit accompagner les données depuis leur collecte jusqu’à leur archivage ou leur suppression.

Collecter des informations réellement utiles

La première règle consiste à définir clairement l’objectif de la collecte. Chaque champ supplémentaire peut introduire de nouvelles erreurs, nécessiter des mises à jour ou créer des obligations de protection.

Il est généralement préférable de disposer de quelques informations pertinentes et fiables plutôt que d’une multitude de données dont personne ne connaît véritablement l’utilité.

Détecter les anomalies dès leur apparition

La qualité doit ensuite être contrôlée à l’entrée des systèmes et tout au long des échanges entre applications.

Les contrôles de format, de cohérence, les mécanismes de rapprochement d’identités et les alertes sur les valeurs anormales permettent de prévenir une partie des erreurs avant leur propagation.

Les pratiques de data observability étendent cette surveillance aux flux eux-mêmes : fraîcheur des informations, volumes inattendus, ruptures de schéma, échecs de traitements ou changements inhabituels dans la distribution des données.

Documenter et responsabiliser

Une donnée ne devient pas fiable simplement parce qu’elle a été centralisée dans un entrepôt ou une Customer Data Platform (CDP).

Il faut également connaître son origine, sa signification, sa date de mise à jour, les transformations qu’elle a subies et les conditions de son utilisation.

Les dispositifs de data lineage, les catalogues de données et la désignation de responsables métiers contribuent à rendre les informations plus transparentes et plus facilement auditables.

Enfin, lorsque les données deviennent obsolètes ou inutiles, elles doivent pouvoir être corrigées, archivées ou supprimées selon des règles documentées et adaptées aux obligations applicables.


L’intelligence artificielle amplifie les enjeux de qualité

L’essor de l’IA modifie profondément la façon dont les organisations exploitent leurs données. Une information incorrecte peut désormais affecter non seulement un tableau de bord ou une campagne, mais également les réponses d’un assistant conversationnel, les recommandations d’un moteur de décision ou les actions déclenchées par un agent autonome.

Dans le cadre du machine learning traditionnel, les données d’entraînement influencent la performance des modèles. Des erreurs d’annotation, des déséquilibres dans les populations représentées ou des caractéristiques mal documentées peuvent dégrader les prédictions et introduire des biais.

Avec l’IA générative, une autre dimension apparaît : la qualité des informations fournies au moment où le système répond. Dans une architecture de type RAG (Retrieval-Augmented Generation), un modèle peut consulter une base documentaire ou un référentiel métier pour enrichir sa réponse.

Si cette source contient des informations périmées, contradictoires ou mal structurées, le système risque de les reprendre dans une réponse qui paraîtra néanmoins crédible.

La qualité des données devient donc un élément essentiel de la fiabilité des systèmes d’IA, même si elle ne garantit pas à elle seule l’absence d’erreurs ou d’hallucinations.

Il faut compléter cette démarche par des évaluations régulières, des contrôles d’accès, une supervision humaine adaptée et des mécanismes permettant de vérifier les résultats.

Cette exigence rejoint les recommandations de la CNIL sur la constitution de jeux de données de qualité et le cadre de gestion des risques proposé par le NIST pour les systèmes d’intelligence artificielle.


Gouvernance et RGPD : des données fiables, mais aussi légitimes

La qualité des données ne doit pas être confondue avec leur conformité réglementaire. Une base parfaitement structurée peut rester problématique si les informations qu’elle contient ont été collectées ou utilisées dans des conditions contraires aux règles applicables.

Le RGPD impose notamment des principes d’exactitude, de minimisation, de limitation des finalités et de limitation de la conservation des données personnelles.

Pour une direction marketing, cela signifie qu’une information ne doit pas seulement être utile : son traitement doit également reposer sur une base légale appropriée, respecter les finalités définies et tenir compte des droits des personnes.

La sécurisation des accès, la gestion des habilitations, la traçabilité et la protection des flux complètent cette démarche. Le guide de sécurité publié par la CNIL constitue une référence pour structurer ces mesures.

Une bonne gouvernance vise à rendre les données à la fois exploitables, contrôlables et protégées. Ces trois objectifs doivent progresser ensemble.


Comment améliorer concrètement la qualité de ses données ?

Il n’est pas nécessaire de commencer par un programme gigantesque de transformation pour obtenir des résultats. Une démarche progressive, concentrée sur quelques cas d’usage importants, permet souvent de mieux identifier les problèmes et leurs causes.

Pour une organisation disposant d’un CRM, d’une plateforme emailing et d’un dispositif analytique, le premier chantier pourrait porter sur la fiabilité des identifiants clients, des coordonnées de contact et des informations nécessaires à la segmentation.

Les équipes peuvent ensuite définir un nombre limité d’indicateurs : taux de complétude des champs critiques, proportion de doublons, ancienneté des informations ou taux d’anomalies détectées lors des échanges entre systèmes.

Ces indicateurs doivent être associés à des objectifs métiers. Réduire les doublons n’est pas une fin en soi : l’enjeu peut être d’améliorer l’identification des clients, d’éviter les sollicitations répétées ou de fiabiliser les analyses de fidélisation.

Il devient alors possible d’identifier les causes des erreurs, de corriger les processus responsables et de vérifier régulièrement que les améliorations se maintiennent.

La qualité des données doit ainsi être envisagée comme une capacité permanente de l’organisation, et non comme une opération exceptionnelle précédant un nouveau projet.


Big Data & AI Paris : un reflet de cette transformation

Le salon Big Data Paris illustre l’évolution des préoccupations des entreprises. Les applications présentées il y a plusieurs années, notamment autour de la personnalisation, de la connaissance client ou de l’analyse prédictive, restent pertinentes. Mais elles s’inscrivent désormais dans un environnement technologique beaucoup plus vaste.

Sous son nom Big Data & AI Paris, l’événement réunit les acteurs de la donnée, de l’analytics et de l’intelligence artificielle autour des enjeux de mise en œuvre opérationnelle, de gouvernance et d’industrialisation.

Ce changement traduit une réalité : les entreprises ne cherchent plus seulement à exploiter davantage de données. Elles doivent être capables de transformer durablement ces informations en décisions et en actions fiables.


Conclusion : moins de données inutiles, davantage de confiance

Prendre soin de ses données ne signifie pas chercher à atteindre une perfection théorique. Il s’agit de mettre en place des pratiques qui rendent l’information suffisamment fiable pour les décisions et les usages auxquels elle est destinée.

Dans les stratégies marketing comme dans les projets d’intelligence artificielle, cette exigence implique de mieux collecter, documenter, contrôler, protéger et actualiser les informations.

Les technologies continueront d’évoluer. Les capacités de traitement, de prédiction et d’automatisation progresseront encore. Mais elles ne supprimeront pas cette évidence : une stratégie data performante commence par la confiance que l’on peut accorder aux données.


Quelques références


À propos de l'auteur

Martech.Cloud

Martech.Cloud est un blog qui traite des sujets d'actualité sur le martech, le cloud, le big data, le marketing relationnel, le e-commerce, le CRM, et comportemental. Le site rassemble de nombreux articles illustrés par des infographies, des vidéos, des études et enquêtes... Suivez-nous sur Twitter @MartechCloud.

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